IMPETUS : vers une sécurité urbaine améliorée

Paris, avenue de la Grande Armée et quartier d'affaires de La Défense

Comment mieux gérer la circulation et les transports en commun d’une ville, en contrôler la pollution, assurer la sécurité de ses usagers, tout en prenant en compte les aspects éthiques liés à l’utilisation des données, ainsi que les mécanismes pour garantir leur protection ? C’est le défi que doit relever IMPETUS, un projet doté d’un budget de 9,3 M€, financé par l’Union européenne à hauteur de 7,9 M€ dans le cadre du programme Horizon 2020[1]. Démarré en septembre 2020 pour une durée de 2 ans, il va développer un outil qui augmentera la résilience des villes aux événements liés à la sécurité dans les zones publiques. Entretien avec Gilles Dusserre, chercheur à IMT Mines Alès, partenaire de ce projet.

Dans quel contexte global le projet IMPETUS a-t-il vu le jour ?

Gilles Dusserre Le projet IMPETUS est né de ma rencontre avec Matthieu Branlat, coordinateur scientifique d’IMPETUS, chercheur à la Sintef (Fondation norvégienne pour la recherche scientifique et industrielle) qui soutient des activités de recherche et développement. Matthieu et moi travaillons ensemble depuis plusieurs années ; dans le cadre du projet européen eNOTICE, il est venu participer à un cas d’usage organisé par IMT Mines Alès sur les urgences sanitaires et la résilience des organisations hospitalières. Par ailleurs, IMPETUS est une concrétisation de l’action engagée depuis plusieurs années par les équipes de recherche de Télécom SudParis (Joaquin Garcia Alfaro) et d’IMT Mines Alès (Sandrine Bayle) afin de favoriser les opportunités communes de R&D entre les écoles de l’IMT.

Quels sont les enjeux de sécurité dans les villes intelligentes ?

GD Une ville intelligente peut être caractérisée comme un réseau urbain interconnecté de capteurs, tels que des caméras et des capteurs environnementaux ; elle offre une multitude de big data (données massives) exploitables. En plus de mieux gérer la circulation et les transports en commun, ainsi que de contrôler la pollution, ces données permettent une meilleure surveillance policière, un contrôle adapté des foules. Cependant, ces systèmes intelligents accroissent le risque d’utilisation contraire à l’éthique des données personnelles, en particulier compte tenu de la montée en puissance de l’IA (intelligence artificielle) combinée aux réseaux de vidéosurveillance. D’autre part, ils augmentent la surface d’attaque d’une ville car plusieurs systèmes IoT (Internet des objets) et cloud interconnectés contrôlent des infrastructures critiques telles que les transports, l’énergie, la distribution d’eau et les hôpitaux (au cœur des problématiques actuelles). Ces deux types de risques liés aux nouvelles technologies de sécurité sont pris très au sérieux dans le projet : une part importante de ses activités est dédiée à l’impact de l’utilisation de ces technologies sur les aspects opérationnels, éthiques et de cybersécurité. Par exemple, des membres du projet et des experts externes prêtent une attention particulière aux aspects éthiques et légaux et collaborent avec les partenaires pour s’assurer que les développements et activités du projet adhèrent aux principes éthiques et règles de protection des données. Des guides et autres outils de décision seront également développés à destination des villes pour les aider à identifier et prendre en compte les aspects éthiques et légaux liés à l’utilisation de systèmes intelligents dans les opérations de sécurité.

Quel est l’objectif d’IMPETUS ?

GD Pour faire face à ces menaces croissantes sur les villes intelligentes, le projet IMPETUS développera une boîte à outils intégrée qui couvre l’ensemble de la chaîne de valeur de la sécurité physique et de la cybersécurité. Les outils feront progresser l’état de l’art dans plusieurs domaines clés tels que la détection (réseaux sociaux, menaces sur le web), la simulation et l’analyse (tests basés sur l’IA) et l’intervention (interface homme-machine et suivi oculaire, optimisation de la réponse physique et cybernétique basée sur l’IA). Bien que la boîte à outils soit adaptée aux besoins des opérateurs de villes intelligentes, bon nombre des composants technologiques et des meilleures pratiques seront transférables à d’autres types d’infrastructures critiques.

Quelle expertise les chercheurs des écoles de l’IMT impliqués dans ce projet apportent-ils ?

GD Les travaux menés par l’équipe d’Hervé Debar à Télécom SudParis, en lien avec les chercheurs d’IMT Mines Alès (en particulier au Centre de Recherche et d’Enseignement en Environnement et Risques), ont abouti à la création de l’architecture globale de la plateforme IMPETUS qui intégrera les divers modules de la ville intelligente telle que proposée dans le projet. Dans ce cadre, la spécification des différents composants du système, et du système dans son ensemble, sera conçue pour répondre aux exigences des utilisateurs finaux (villes d’Oslo et de Padoue), mais aussi être extensible aux demandes futures.

Quels sont les verrous technologiques à lever ?

GD L’architecture doit être modulaire, de sorte que chaque composant individuel puisse être mis à niveau indépendamment par le fournisseur de technologie concerné. L’architecture doit également être intégrée, ce qui signifie que les différents modules IMPETUS pourront échanger des informations, apportant ainsi une valeur ajoutée significative par rapport aux solutions indépendantes de ville intelligente et de sécurité fonctionnant en silos.

Pour offrir davantage de flexibilité et d’efficacité dans la collecte, l’analyse, le stockage et l’accès aux données, l’architecture de la plateforme IMPETUS combinera les approches IoT et cloud computing. Une telle approche réduira les risques associés à une centralisation excessive de grandes quantités de données sur les villes intelligentes et est cohérente avec les évolutions attendues de l’infrastructure de communication qui seront explorées ultérieurement.

Cette tâche développera également un plan de test. Ce plan contiendra les conditions préalables, l’exécution des tests et les résultats attendus. Les critères d’acceptation seront définis en fonction de la priorité et du pourcentage de cas de test réussis. En relation avec l’université de Nîmes, IMT Mines Alès travaillera sur une approche innovante appliquée aux risques environnementaux, en particulier liés aux agents chimiques ou biologiques, et aux processus d’évaluation des dangers.

Le consortium comprend 17 partenaires de 11 États membres de l’UE et pays associés. Quels sont leurs rôles respectifs ?

GD Le consortium a été formé pour rassembler un groupe de 17 organisations qui se complètent en termes de connaissances de base, de compétences techniques, de capacité de création de nouvelles connaissances, d’expérience commerciale et d’expertise. Le consortium se compose d’un groupe complémentaire d’académiques (universitaires) et organismes de recherche, de PME innovantes, d’industriels, d’ONG et d’utilisateurs finaux.

Le travail est divisé en un ensemble de work packages interdépendants. Il implique des activités d’innovation transdisciplinaire nécessitant un degré élevé de collaboration. La stratégie globale consiste en une exploration itérative, une évaluation et une validation impliquant les utilisateurs finaux à toutes les étapes.

[1] Ce projet est financé par Horizon 2020, le programme-cadre de l’Union européenne pour la recherche et l’innovation (H2020), dans le cadre de la convention de subvention N° 883286. En savoir + sur le projet IMPETUS

Propos recueillis par Véronique Charlet

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